Depuis juin 2025, de nombreux sites commerciaux doivent être accessibles. Qui est concerné, ce que cela implique concrètement, et par où commencer.
L’accessibilité numérique est longtemps restée une affaire de secteur public. Ce n’est plus le cas : la directive européenne 2019/882, dite European Accessibility Act, transposée en droit français, étend l’obligation à un large ensemble de services proposés aux consommateurs, avec une application depuis le 28 juin 2025.
Beaucoup de dirigeants découvrent le sujet. Voici une lecture pratique, sans jargon juridique inutile.
Cet article donne des repères généraux. Votre situation exacte doit être vérifiée au regard des textes en vigueur, idéalement avec un conseil juridique.
Qui est concerné
Le champ d’application vise principalement les services proposés aux consommateurs, notamment :
- le commerce en ligne (vente de biens ou de services à des particuliers) ;
- les services bancaires et d’assurance destinés aux particuliers ;
- les services de transport de voyageurs et la billetterie ;
- les livres numériques et les services de médias audiovisuels ;
- les communications électroniques.
Deux nuances importantes :
- Les microentreprises qui fournissent des services — moins de 10 salariés et moins de 2 millions d’euros de chiffre d’affaires ou de bilan annuel — bénéficient d’une exemption pour la fourniture de services.
- Un site purement vitrine, qui ne permet ni transaction ni réservation, n’entre pas dans ce champ. Il reste soumis à d’autres logiques : accessibilité comme critère de qualité, marchés publics, et bon sens commercial.
Par ailleurs, les organismes publics et certaines grandes entreprises relèvent depuis longtemps d’obligations propres, avec le RGAA comme référentiel d’évaluation.
Les sanctions
Le dispositif français prévoit des sanctions administratives pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros par service non conforme, renouvelables en cas de maintien du manquement après mise en demeure. Au-delà du montant, c’est surtout la procédure — mise en demeure, délai de correction, contrôle — qui mobilise du temps et de l’énergie.
Ce que « accessible » veut dire concrètement
Le référentiel technique repose sur les WCAG (niveau AA), déclinées en France par le RGAA. Derrière les critères, quatre principes simples :
- Perceptible : l’information doit pouvoir être perçue autrement que par un seul sens. Alternatives textuelles des images, sous-titres des vidéos, contrastes suffisants.
- Utilisable : tout doit être atteignable au clavier, sans limite de temps arbitraire, avec un ordre de navigation logique.
- Compréhensible : langue déclarée, libellés explicites, messages d’erreur qui expliquent comment corriger.
- Robuste : un code propre, interprétable par les technologies d’assistance comme les lecteurs d’écran.
Les dix corrections qui règlent la majorité des problèmes
Sur les sites que nous auditons, une poignée de défauts revient systématiquement :
- Contrastes insuffisants — typiquement le gris clair sur blanc et les textes posés sur une image. Viser un ratio d’au moins 4,5:1.
- Images sans alternative textuelle pertinente, ou au contraire alternatives sur des images purement décoratives.
- Champs de formulaire sans étiquette associée : un simple texte d’exemple à l’intérieur du champ ne suffit pas.
- Hiérarchie de titres incohérente : plusieurs H1, niveaux sautés, titres utilisés pour leur taille plutôt que pour leur rôle.
- Navigation au clavier impossible, notamment dans les menus déroulants et les fenêtres modales.
- Absence d’indicateur de focus visible — souvent supprimé volontairement pour des raisons esthétiques.
- Libellés de liens non explicites : une page pleine de « cliquez ici » est inutilisable à la navigation par liens.
- Vidéos sans sous-titres.
- Carrousels à défilement automatique sans bouton de pause.
- Messages d’erreur transmis uniquement par la couleur, sans texte explicatif.
La bonne nouvelle : ces dix points représentent l’essentiel des non-conformités, et la plupart se corrigent sans refonte.
Attention aux solutions miracles
Les widgets d’accessibilité — ces petites icônes flottantes promettant une mise en conformité instantanée — ne corrigent pas les défauts du code sous-jacent. Ils ne dispensent d’aucune obligation, et plusieurs associations d’utilisateurs en déconseillent activement l’usage parce qu’ils interfèrent avec les lecteurs d’écran que les personnes concernées utilisent déjà.
Une démarche réaliste en quatre étapes
- Déterminer si vous êtes concerné. Vendez-vous en ligne à des particuliers ? Quelle est votre taille ? Cette réponse conditionne tout le reste.
- Auditer. Un test automatisé détecte environ 30 % des critères ; le reste demande une vérification manuelle, notamment au clavier et au lecteur d’écran.
- Corriger par priorité. D’abord les parcours critiques : page d’accueil, recherche, fiche produit, tunnel de commande, formulaire de contact.
- Publier une déclaration d’accessibilité indiquant votre niveau de conformité, les points non conformes et un moyen de signalement. Un site partiellement conforme mais transparent est dans une bien meilleure position qu’un site silencieux.
Les bénéfices annexes, rarement mentionnés
L’accessibilité profite à tout le monde. Une structure de titres correcte, des alternatives textuelles pertinentes et un code propre sont exactement ce que demandent les moteurs de recherche — et ce dont ont besoin les moteurs génératifs pour extraire votre contenu. Les contrastes et les libellés explicites améliorent par ailleurs mécaniquement le taux de conversion, notamment sur mobile en extérieur.
Enfin, une part significative de la population vit avec une limitation durable ou temporaire. Ce sont des clients.
Questions fréquentes
Mon site vitrine est-il concerné ?
En principe non, s’il ne permet aucune transaction ni réservation. Cela reste néanmoins un critère de qualité, et un atout sur les marchés publics.
Combien coûte une mise en conformité ?
Un audit ciblé se situe généralement entre 1 500 et 6 000 € HT selon la taille du site. Les corrections dépendent de l’état du code : sur un site récent bien construit, quelques jours suffisent souvent.
WordPress peut-il être accessible ?
Oui. Le point de vigilance se situe au niveau du thème et des extensions : certains page builders génèrent un code difficile à rendre conforme. Le choix des briques est déterminant.
Faut-il une refonte complète ?
Rarement. La refonte se justifie quand le socle technique est trop ancien pour être corrigé à un coût raisonnable.
Faire le point
Si vous vendez en ligne, la première étape est un diagnostic honnête de votre situation. Nous intégrons un premier niveau de vérification d’accessibilité à notre audit gratuit, et nous pouvons vous orienter vers un audit RGAA complet si votre contexte l’exige.
